Langues anciennes à l’université

Les langues anciennes à la Faculté des lettres de Douai-Lille de 1855 aux années 1960, par Philippe Marchand, maître de conférences émérite (HDR) en histoire moderne et contemporaine à l’Université Lille 3, Laboratoire IRHiS-Lille 3.

Le blog Insula reproduit la communication réalisée lors du 37e Congrès international de l’APLAES qui s’est tenu à Lille en mai 2004. Le texte, édité dans les actes, est repris ici en quatre livraisons. Après une introduction présentant la Faculté des lettres de Douai-Lille, seront traités : la place du grec et du latin dans une faculté des lettres ; l’organisation des enseignements et pratiques enseignantes des langues anciennes ; les enseignants.

A. La faculté des lettres de Douai-Lille de 1810 aux années 1960

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Photos de l’ex- Faculté des Lettres de Lille (décembre 2016)

Il convient de rappeler brièvement quelques éléments relatifs à la faculté des lettres de Douai-Lille. En application du décret du 17 mars 1808 créant l’Université impériale et spécifiant qu’il y aurait au siège de chaque chef-lieu d’académie une faculté de lettres, composée du professeur de belles-lettres du Lycée et de deux autres professeurs, c’est donc à Douai, chef-lieu de l’académie, qu’est placée la faculté des lettres.

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B. La place du grec et du latin dans une faculté des lettres (1855-1965)

Quelles sont les fonctions d’une faculté des lettres ? Les textes fondateurs lui assignent une triple mission : faire passer le baccalauréat, premier des trois grades décernés par les facultés des lettres, faire des cours publics qui permettent aux enseignants de communiquer leur savoir, leurs idées, leurs découvertes à un auditoire cultivé et souvent mondain, enfin renouveler le vivier de l’enseignement du second degré en préparant, à l’origine, de rares étudiants à la licence et aux concours des différentes agrégations (agrégation de grammaire et agrégation des lettres créées en 1821, agrégation de philosophie en 1830, agrégation d’histoire et de géographie en 1831, agrégations d’anglais et d’allemand en 1865).

Avec les réformes réalisées par la Troisième République naissante, dans les années 1870, pour les moderniser, les facultés des lettres sont appelées à devenir les vecteurs de l’éducation d’une élite républicaine et de la formation des éducateurs de la génération montante. Priorité est donnée à la préparation à la licence, à la préparation aux concours d’agrégation, sans oublier la recherche. Les cours publics, même s’ils ne disparaissent pas, ne sont pas la priorité. Enfin, à partir de 1902 les facultés des lettres se voient, progressivement, affranchies de la « corvée » du baccalauréat.

Quelle place occupent les langues anciennes dans une faculté des lettres ? Un bon moyen pour la mesurer est de regarder l’évolution de la licence ès lettres. L’examen de ses modalités met en lumière le recul progressif de leurs positions. On peut distinguer trois étapes. Il y a tout d’abord le temps de l’humanisme triomphant, correspondant à l’existence de la licence ès lettres sans option, avec, à l’écrit, deux épreuves de latin et une épreuve de grec sur un total de quatre épreuves, et, à l’oral, une interrogation de latin et une interrogation de grec sur un total de trois interrogations. Le décret du 25 décembre 1880 créant la licence avec mention, lettres, histoire, philosophie, langues, annonce le déclin de l’hégémonie des l’anciennes, déclin qui s’amplifie à la fin du siècle avec l’apparition de disciplines nouvelles dans les facultés des lettres. Cependant, jusqu’en 1907, avec les épreuves communes aux différentes licences, le poids des langues anciennes reste conséquent. Quelle que soit la licence préparée, les candidats doivent faire, à l’écrit, une composition latine, et, à l’oral, une explication d’un auteur grec et d’un auteur latin. C’est, en 1907, que le verrou des langues anciennes commence à sauter. Les quatre licences n’ont plus qu’une seule épreuve commune. Mais cette épreuve commune est une version latine dont on s’aperçoit très rapidement qu’elle constitue un véritable barrage pour les étudiants. D’une part, toute note inférieure à 8/20 est éliminatoire. D’autre part, il y a les étudiants qui, au lendemain de la réforme de l’enseignement secondaire de 1902 créant une section sans langues anciennes, ont fait un cursus secondaire sans latin et les étudiants qui, issus de l’enseignement primaire supérieur et admis sur dérogation, n’ont pas, eux non plus, fait de latin.

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C. Organisation des enseignements de langues anciennes et pratiques enseignantes

De leur création jusqu’aux réformes des années 1880, l’enseignement dispensé dans les facultés des lettres n’est que le prolongement des études littéraires de l’enseignement du second degré où l’humanisme triomphait. Aussi, la gamme des spécialités admises dans les facultés des lettres s’aligne sur les chaires des lycées. En 1855, comme on l’a signalé, la faculté des lettres de Douai a cinq chaires: histoire, philosophie, littérature française, littérature étrangère et littérature ancienne. L’appellation de chaire de littérature ancienne recouvre l’enseignement de la littérature de la littérature grecque et celui de la littérature latine. Constant Martha, Charles Widal et Émile Courdaveaux, successivement titulaires de la chaire, enseignent donc la littérature grecque et la littérature latine.

Comme le prescrit le décret du 7 mars 1853, ils adoptent un régime d’alternance semestrielle. Les cours ouverts qu’ils donnent aux étudiants de licence et aux auditeurs libres sont, au plein sens du terme, des cours de littérature. Dans le cours qu’il donne en 1855-1856 intitulé « Du beau moral dans la poésie grecque jusqu’au siècle de Périclès: rapports du goût et de la morale », Martha passe en revue l’Iliade et l’Odyssée, l’élégie grecque, la poésie lyrique, enfin la poésie didactique des philosophes poètes. Il fait « l’interprétation littéraire, l’analyse des plus beaux morceaux qu’il compare avec des textes du même type, anciens, modernes et contemporains, pour montrer l’existence de modèles ayant servi dans toute les littératures ». La recherche de rapprochements avec la littérature moderne est également caractéristique des procédés d’exposition de son successeur, Widal.

En dehors des cours publics, les professeurs de littérature ancienne préparent les rares étudiants inscrits en licence −ils sont sept en 1855-1856 dont cinq maîtres répétiteurs au lycée de Douai « souvent absents »− aux exercices de l’examen et du concours. Cette préparation se fait dans le cadre de conférences fermées où alternent des explications philologiques et littéraires, des traductions des auteurs inscrits au programme de la licence et à celui de l’agrégation. Pour développer « leur sens critique », les étudiants sont exercés à la correction des compositions latines. Ils remettent également des devoirs, thèmes et versions latins et grecs, mais aussi dissertations latines et compositions en vers latins, corrigés dans les conférences fermées.

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D. Les enseignants de langues anciennes

Qui sont les enseignants de langues anciennes à la faculté des lettres de Lille ? Ce billet sur les professeurs nous fait entrer dans les amphithéâtres et donne les appréciations des inspecteurs, doyens, recteurs et étudiants sur des personnalités comme Alexandre-Marie Desrousseaux, Alfred Ernout, Jean Humbert, Jacques Heurgon, ou Jacqueline de Romilly.

Qui sont les enseignants de langues anciennes à Lille ? Pour en esquisser un tableau synthétique, puis présenter une galerie de portraits, on a eu recours d’abord aux rapports établis par Jules Zeller lors de son inspection de 1888, par Achille Luchaire en 1908, ensuite aux dossiers individuels, douze au total, des professeurs et maîtres de conférences en poste à la faculté des lettres. On y trouve, en particulier, les fiches de renseignements confidentiels remplies chaque année par le doyen de la faculté des lettres et le recteur de l’académie de 1880 à 1939. En même temps, la valeur heuristique de cette documentation pose problème. Les rapports de l’inspection générale, les observations des doyens et des recteurs sont-ils des miroirs fiables de la réalité ? Le Dictionnaire biographique des professeurs de la faculté des lettres établi par Christophe Charle pour les années 1809-1908 et 1909-1940 permet de suivre la carrière de ceux qui quittent Lille pour Paris.

Commençons par le portrait de groupe pour douze titulaires dont on peut suivre la carrière. Tous sont de brillants sujets. Dix d’entre eux sont d’anciens élèves de l’École normale supérieure.

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Classé dans B. Photos, C. Hauts-de-France (Nord Pas-de-Calais Picardie), E. Arts Lettres Langues, F. 19ème et 20ème siècles

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